| Selon les théories de l'école conditionaliste la nature de la relation Homme-Ciel tiendrait plus d'un conditionnement que d'un déterminisme. Et si déterminisme il y a, celui ci ne se confond pas avec un causalisme linéaire et mécanique. On sait que la relation entre êtres vivants et environnement n'est pas simple. En effet, l'approche systémique (cf. Pour une Nouvelle Ecologie de la pensée de Grégory Bateson, Le Macroscopede Joël de Rosnay) nous a montré l'importance des notions de "niveaux d'organisation", de "totalité organisée" et de "non-linéarité des interactions". Si l'on pense à la chaîne alimentaire par exemple, et bien cette chaîne n'est pas linéaire, et elle n'a ni début ni fin. En fait, elle ressemble davantage à une boucle. Et chaque maillon de cette boucle peut avoir un effet global sur l'ensemble. Le modèle de causalité linéaire classique ne marche plus pour décrire l'évolution d'un tel système. Car dans une telle boucle l'effet peut interagir sur la cause par rétroaction. Si l'on prétend, par exemple, que c'est l'augmentation des prix qui est la cause de l'augmentation des salaires. Du point de vue causaliste on a raison. Mais d'un point de vue global ou systémique il apparaît que c'est l'augmentation des salaires qui entraîne l'augmentation des coûts de production et donc des prix. Les prix et les salaires se trouvent donc pris dans une relation en boucle et notre causalisme linéaire ne marche plus.
Pour compliquer un peu, il est facile d'imaginer que ces boucles ne sont pas aussi parfaites qu'on le souhaiterait. Certaines sont ouvertes sur l'environnement: des agents extérieurs peuvent agir, venir perturber et modifier l'évolution de celles-ci. On remarquera d'ailleurs que c'est cette ouverture qui rend possible l'adaptation. D'autres sont interreliées si bien que toute tentative d'analyse devient impossible. Et isoler un élément revient à détruire sa relation à l'ensemble, avec le risque de voir sa signification nous échapper. Toutes ces notions peuvent d'aileurs nous amener à réfléchir sur la difficulté du traitement statistique car comment peut-on tenir compte des niveaux d'organisation et des variables interconnectées dans le recueil de données?
Par ailleurs, l'approche conditionnelle de l'astrologie, bien que non déterministe, ne rejette pas toute approche prédictive. Car le conditionnement peut être vu, au-delà de l'association (spacio-)temporel d'un stimulus et d'une réponse, comme un processus par lequel les organismes acquièrent une information prédictive sur la structure de leur environnement. Et il est d'ailleurs remarquable à ce titre que l'homme ait pu étendre ses capacités d'adaptation aux cycles et rythmes des horloges planétaires.
La première conséquence de cette conception conditionnelle du signal astrologique serait la mise en place d'études statistiques intégrant les variables contextuelles qui ne sont pas dans l'horoscope des sujets étudiés : âge, condition sociale, éducation, par exemple. Pour reprendre une ancienne proposition faite à Michel Gauquelin par Jean-Pierre Nicola que je cite: "La planète Mars étant, du côté des vocations, prédominante chez les militaires, les sportifs, les savants, pourquoi ne pas reprendre les échantillons et coder pour ces catégories professionnelles, le milieu social des géniteurs, en se fixant (...) un barème objectif (salaires, nombre d'enfants, coût du loyer, etc.). Nous jugerons, statistiquement, si un Mars dominant de n'importe quelle classe sociale a autant de probabilités de devenir sportif que médecin (...). Avec des chiffres pour en débattre et mesurer l'ampleur de conditionnements différents, voilà une voie qui trancherait sur le caractère absolu ou relatif (conditionnel) de l'astrologie."
Cette conception conditionnelle de l'influence astrale pourrait être, j'en suis persuadé, un terrain fertile pour l'élaboration de nouvelles stratégies d'expérimentation. Mais reste à trouver, comme pour toute recherche, des moyens financiers qui, eux, ont peu de chance statistiquement de tomber du ciel!
L'apport conditionaliste ne se situe pas seulement dans sa vision conditionnelle de la relation Homme-Ciel. Jean-Pierre Nicola a donné à cette école un langage conceptuel et logique susceptible d'améliorer les protocoles par une meilleure formulation des hypothèses et des tests psychométriques. Les formules réflexologiques zodiacales (V+, L+, V-, L-) peuvent permettre, par exemple, de coder de façon analytique et logique, dans un langage impersonnel, toute la richesse et la variété des réponses humaines.
Mais surtout, grâce à la référence au neuro-physiologique, il doit être possible de court-circuiter le niveau psychologique, c'est-à-dire réduire considérablement le nombre de variables en jeu et s'assurer ainsi d'une plus grande stabilité dans l'expérimentation. A ce niveau la mesure instrumentale pourrait avantageusement remplacer les questions des tests psychométriques. On ne questionnerait plus un sujet, mais on mesurerait grâce à un appareillage technique à imaginer (peut-être les mêmes appareils dont se servent les psychogénéticiens pour mesurer les performances des bébés soumis à diverses situations) la mobilité, la force, l'équilibre des réactions des sujets à étudier.
Le R.E.T. qui codifie les niveaux d'excitabilité de l'activité nerveuse en rapport avec les niveaux d'intensification du champ de gravitation solaire doit pouvoir permettre, lui aussi, des expérimentations instrumentales. Sans vouloir anticiper sur l'intervention de Jean-Paul Citron, les niveaux R.E.T. seraient repérables aux plans moléculaire et biochimique du récepteur humain. Il y a là, c'est certain, de réelles pistes de recherche en laboratoire.
A un niveau plus haut, et je pense par exemple, à celui du langage, le R.E.T. pourrait exister dans les structures d'énonciation qui dominent dans l'expression spontanée d'une personne. Je m'explique : la famille 'r' du R.E.T, à vocation simplificatrice, pourrait conditionner les structures affirmatives de la langue; la famille 't', complexifiante, pourrait favoriser l'utilisation des structures interrogatives; et la famille 'e', en rapport avec l'intensification du niveau duel, pourrait favoriser l'usage des formes expressives et émotionnelles (interjections). C'est-à-dire que l'organisation syntaxique du langage pourrait refléter nos sensibilités particulières aux divers champs gravitationnels (fort, moyen, faible) du système solaire. En effet, si le système nerveux est capable de réagir aux signaux planétaires, il n'est donc pas impossible d'imaginer une relation entre le langage - expression la plus haute du système nerveux - et le conditionnement cosmique - le plus grand ou le plus "haut" que nous connaissons.
Dans un autre domaine que le nôtre, et pour tenter une comparaison, l'application de la théorie des catastrophes de Renée Thomà la linguistique a permis de jeter un pont entre l'activité cérébrale et le langage. Selon le mathématicien Cristopher Zeeman, il y aurait derrière le langage "des bifurcations d'un système dynamique décrivant l'activité neurologique (14)". Renée Thom a proposé une modélisation de ces bifurcations, appellées aussi catastrophes (il y en aurait sept élémentaires). Dans cette modélisation, chaque catastrophe est représentée par une surface géométrique singulière (telles le pli, la fronce ou la queue-d'aronde) qui permet de comprendre l'évolution non-graduelle d'un système dynamique.Sur ces bases théoriques le langage - avec ses noms, ses verbes et sa syntaxe - serait en quelque sorte le reflet ou l'expression d'une dynamique sous-jacente contrôlée par quelques figures génératives que sont les sept catastrophes élémentaires (15).
Ce détour par la théorie des catastrophes, m'a semblé utile pour vous donner une idée de la richesse investigatrice qu'une théorie qualitative - qui n'est pas sans rappeler l'astrologie - peut permettre dans des domaines apparemment éloignés de ses préocupations mathématiques originelles.
Et pour revenir à notre propos, l'application du R.E.T. en linguistique me laisse penser qu'il y a peut-être là une voie de recherche où astrologues et linguistes pourraient collaborer. Car derrière le langage et ses formes d'expression pourrait bien se cacher un modèle d'organisation en multi-niveaux. Organisation en interférence avec notre environnement planétaire et dont le modèle R.E.T. permettrait de rendre compte.
Si les différentes formes d'expression du langage utilisées dans l'expression spontanée d'une personne peuvent se coder en langage R.E.T., il doit alors être possible d'entrevoir de nouvelles voies de recherches sur le terrain de la linguistique. Terrain, peut-être plus fécond que celui de la psychologie.
Enfin, pour terminer, (puisque le temps de l'exposé arrive à son terme), permettez-moi de sortir du cadre de notre sujet pour tenter quelques envolées futuristes... bien que déjà actuelles dans certains domaines de la science d'aujourd'hui
La définition du modèle R.E.T. conditionaliste en multi-niveaux, le place de plain-pied avec les modèles issus des sciences cognitives. Modèles que l'intelligence artificielle a héritée et mise en œuvre par l'élaboration de systèmes experts et de robots, peu ou prou intelligents. Il y a peut-être dans cette voie cognitive des chemins à explorer, des robots astrologiques à penser et à construire. Pourquoi pas? Aujourd'hui, des chercheurs (16) découvrent, grâce aux simulations neuronales, les comportements inattendus de nos fibres sensibles. Il y aurait une intelligence sans support symbolique au cœur des processus de la vie. Intelligence qui serait le fruit d'une codétermination entre environnement et mécanismes internes vitaux. On retrouve ici, l'idée d'un lien où l'environnement est acteur autant que le sujet. L'intelligence ne serait pas l'apanage du niveau R du R.E.T., en relation avec le pouvoir des représentations, car le niveau 'E', en relation avec le pouvoir des faits, pourrait bien avoir lui aussi sa part d'intelligence. Tant pis pour ceux qui voient encore en la planète Mars le signe de l'agressivité primaire et guerrière (17). Car, centre du R.E.T., sa fonction auto-organisatrice et distributrice des niveaux 'R' et 'T', pourrait bien exprimer cette intelligence organique et constructive qui semble être, selon le neurobiologiste Francisco Varela, l'enjeu des sciences et techniques cognitives de demain (18).
(Gageons que l'astrologie moderne y aura sa part... ) |